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Neil Young - Frisco 1997 (compte-rendu)



Diagnostic du concert



     Comme le graphique l’indique, le concert a l’intérêt de nous faire entendre des chansons inhabituelles remises au goût du jour. Le fait que le groupe ne les ait pas suffisamment préparées segmente de trop la continuité du concert et présente des irrégularités dans la qualité de la performance de telle ou telle chanson. Ces soubresauts et balbutiements, à la lueur intime de grosses bougies, nous rendent témoin de la difficulté de la création et nous amènent directement au coeur du garage de Broken Arrow que Neil Young et le Crazy Horse ont toujours su faire battre.

(Graphique réalisé à partir de ratios obtenus par le graphique "Diagnostic des chansons".)




Diagnostic des chansons





Mes définitions des critères

Mettre sens dessus dessous le garage : Dépoussiérer les étagères, déterrer des trésors.
Plonger tes yeux dans le rêve : T’émerveiller, te surprendre, t’amuser, te secouer les oreilles.
Te tirer la langue : Te remarquer, te faire sursauter.
Casser l’antijeu : Enchaîner les morceaux, ne pas rompre l’ambiance.


Mon commentaire

Mettre sens dessus dessous le garage : Dix chansons ont été dépoussiérées à ce concert. "Hard Luck Stories" est sorti de l’album "Landing On Water" (21 juillet 1986). En fin de cette chanson, Neil Young nous dit aussitôt : "Comment allez-vous ? Je joue encore mes chansons... Elles proviennent de différents albums. Des chansons que je n’ai pas l’habitude de jouer." ("How are you doin’ ? I still play my songs... They come from different albums. Songs I never used to play.) Neil Young est conscient que cela n’est pas gagné d’avance car il poursuit en disant : "La dernière manquait d’entrain, nous essayerons de jouer la suivante de manière plus trépidante. ("The latter one was too slow, we’ll try playing next one too fast.") Plus tard dans la soirée, Neil sortira de cet album à sonorité rythmique, la chanson "Hippie Dream" qui, de la belle surprise, gardera la poussière de son carton. Atchoum ! Pourtant elle aurait bien mérité d’avoir une seconde chance au second set. Le Crazy Horse revisite cinq chansons de "Mirror Ball" (Neil Young w/ Pearl Jam). L’une des particularités de cet album est son rythme effréné conduit par le batteur Jack Irons. C’est donc la course et Ralph Molina assure. "Razor Love" est encore inédit en album en 1997 mais ne l’est pas à nos oreilles puisque Neil nous l’a déjà présenté neuf fois en 1984 (w/ The International Harvesters), et une fois en solo en Europe en 1989. Bien que "Don't Be Denied" ait été joué, jusqu’à ce soir de 1997, 120 fois sur scène [1973 (w/ The Stray Gators ; w/ The Santa Monica Flyers), 1974 (w/ CSN), 1983 (solo)], il reste inédit en CD - l’excellent album (son meilleur ?) "Time Fades Away" (octobre 1973) dans lequel cette chanson figure étant dans le lot des six Maudits. "Mellow My Mind" est aussi une autre chanson datant de l’époque noire 1973 ("Tonight's The Night"). Jouée 31 fois, elle fut habillée au banjo lors du set solo de 1976. Et c’est un réel plaisir de la revoir telle qu’elle était en 1973 : électrique et torturée avec l’appui d’un harmonica que Neil utilise fort rarement avec le Crazy Horse.

Plonger tes yeux dans le rêve : Chacun de nous a ses genoux écorchés, alors pas besoin de se les montrer. Tous à la jaille ! Le dernier à l’eau est sans foyer. L’océan a de beaux courants aériens. Puis, nous nous dessalons avec le rasoir de papa. Nous débusquons le livre seulement au cinquième coin. C’est un conte moderne qui nous fait tressaillir aux nombreux rebondissements. Et nous rêvassons aux vitrines illuminées à fort ampérage que notre porte-monnaie ne supporte pas. Et puis tout ça ce n’est que de la daube. C’est bien connu que quand nous payons pour ceci et ils te refourguent cela. Ce n’est même pas vrai. Si que c’est vrai ! Et ton père ? Ce n’est pas vrai qu’il s’est barré de la maison ? Finalement, nous nous perdons dans d’étranges hauteurs métalliques. Pied après pied, nous tirons nos équipes. Le jeu est réussi. Mais quand la partie se finit-elle ? Maintenant ? Non ? Là ! Ha bon ? C’est fini ? Nous traînons nos guêtres en cadavre. Le premier quartier du centre-ville est un diamant... le second l’est encore plus. Pourtant, les rues traînent une poussière d’oubliettes. Des cinq et dix cents récupérés nous offrent une harpe bleue exceptionnelle. On y croque dedans avant de bâiller pour de sempiternels conciliabules inaudibles. Que faire ? Les poubelles sont repeintes avec goût puis brisées par jeu. Nous sommes aussi cela, mais maintenant c’est le goûter. Nous allons voir si nous avons repris des forces ou bien si nous sommes plus balourds. De petites griffures sur la vieille noire vous donne l’indice avant le tourment. Nous peignons nos casseroles et tambourinons les visages à la fenêtre. Nous ressassons nos souvenirs et nos trésors. Véritable moisson généreuse. Arrête de faire le concierge à tes vieux amis. Tu es bien mieux. L’issue n’est pas mauvaise comme tu nous le dis... Elle est douce comme une petite pluie... Soudain, l’envie nous prend de courir. Juste pour le fun. Lancez vos racines chimiques dans nos foulées si cela vous plait. Ah ! Ah ! Nous sommes maître de notre galop ! Les rênes sont tirées et la délivrance est bue ! Alors nous plaçons notre âme dans le rêve paradoxal. Celui-ci est maintenant agité et gronde comme il n’a jamais grondé. Les six neurones ont résisté. Nous sommes bien chanceux ! Le rêve choisit une courte poursuite effrénée, choisit une seconde surprise déjà contemplée. Les mots nous sont apportés à la suite d’un battement de cils. Nos feuilles de chou se froissent. Le rêve est désaltéré. Sur le sable de notre bac, nous dessinons des devinettes sympathiques. Nous secouons la tête au mauvais sésame donné. Une autre devinette. Nous comptons mentalement jusqu’à trois et reprenons courage. Bingo. L’échine de la mer est déchaînée. Nous nous surprenons à nous voir tous danser dans le tumulte des vertèbres. Le lumbago érupte après six courtes minutes. Nous jouons à la chaise musicale en faisant des grimaces aux clowns sourds vendant de galettes insipides. Nous sortons du garage, sales et comblés.

Te tirer la langue : Neil Young prend soin de son public et nous adresse la parole dès la fin de la première chanson en nous avertissant de ce qu’il compte faire de cette soirée. Assurément, il compte sur nous pour le soutenir dans sa démarche d’équilibriste. Il poursuit après "Razor Love" : "All right ! Nice to be here tonight !". Il se sent obligé de nous mettre dans la confidence en nous livrant une excuse suite à l’arrêt de "Hippie Dream" et nous signalant la seconde tentative par un "Take 2." Neil Young salue la salle avec un simple "Thank you." qui est dit sur un ton des plus sincères. Par ailleurs, des canards sont surprenants de la part de Neil Young ! Triomphal de son solo dans "Truth Be Known", Neil se lance dans deux soli dans "Piece Of Crap" qui méritent de rester dans les oubliettes des Archives. Même Poncho se moque ouvertement de Neil ! Pourtant les bruits étranges non provoqués intentionnellement ne sont pas recherchés par Neil et vont jusqu’à l’importuner tout comme nous. Je prends en exemple "Razor Love" où la sono fait crisser une note dans les aigüs et aussitôt Neil réagit en agitant ses deux mains à ses oreilles. "Throw Your Hatred Down" et "Razor Love" joués deux fois lors de cette soirée démontrent la liberté d’action de Neil Young mais aussi sa volonté de jouer correctement ces chansons qui lui tiennent à coeur.

Casser l’antijeu : Le premier set avec ses chansons inhabituelles n’aide pas à atteindre cet objectif. Le manque de préparation semble être la réelle cause. Il est aussi possible que Neil Young ait encore sa tête à la première de "Year of the Horse" présentée à 19 heures au Castro Theatre duquel Neil s’est sûrement esquivé pour nous rejoindre au Trocadero. Ce qui rompt la fluidité ce n’est pas encore que les paroles placées sur le pupitre de Neil sont remplacées entre chaque chanson (au second set, Larry Cragg apporte les paroles de "Razor Love" à la demande de Neil sans pour autant stopper le morceau) mais c’est que Neil change de guitare ! Cette volonté de bien faire est tout en son honneur. Le grand malaise réside dans le fait des longues concertations nécessaires entre les trois guitaristes entre chaque chanson ! Même avant de jouer "Rockin' In The Free World". Ralph Molina a beaucoup de mérite pour sa grande patience. Le second set contient des chansons bien rodées du répertoire de Crazy Horse puisé dans des albums comme "Rust Never Sleeps" ou "Neil Young" ou encore "Broken Arrow" défendu sur scène en 1996. Néanmoins, il faut attendre la quinzième chanson de la soirée avec "Big Time" (troisième du second set) pour un raccord avec la chanson précédente qui est "Sleep Away". Neil comblera un long silence inéluctable, par le fait qu’il accorde sa guitare avant "The Losing End", en nous parlant sans discontinuité. De même, Neil sauve l’ambiance en jouant des accords qui peuvent être pris pour une introduction à "Cowgirl In The Sand" alors que probablement il s’agit de test de sonorité. L’avantage du second set, qui peut aussi s’avérer être un défaut musicalement parlant, est que Neil garde sa légendaire Old Black sur ces neuf dernières chansons. En dehors de ces différents points, trouver le bon rythme des chansons est un souci de la soirée. En effet, Neil Young fait recommencer cinq fois "Crime In The City". Avant de démarrer "Hippie Dream", Neil se met à danser afin de se remémorer le rythme. Peine perdue, il arrête cette chanson sous le prétexte : "I’ve got the wrong guitar." Ici, Neil use de son humour habituel puisqu’il n’échange pas sa Old Black pour une autre guitare.

Denis Between The Rusty Words
(25 juin 2005) ©

Mon texte traduit 





Setlist de ce concert : w/ Crazy Horse ; 05-08-1997, The Trocadero, San Francisco, California

1. Hard Luck Stories / 2. I'm The Ocean / 3. Razor Love / 4. Crime In The City / 5. Truth Be Known / 6. Piece Of Crap / 7. Don't Be Denied / 8. Throw Your Hatred Down / 9. Downtown / 10. Hippie Dream / 11. Mellow My Mind / 12. Rockin' In The Free World // 13. Hey Hey, My My / 14. Slip Away / 15. Big Time / 16. The Losing End / 17. Sedan Delivery / 18. Throw Your Hatred Down / 19. Razor Love / 20. Cowgirl In The Sand / 21. Prisoners Of Rock 'n' Roll
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Groupe :

Neil Young : vocals, guitar, harmonica
Frank Sampedro : guitar, vocals
Billy Talbot : bass, vocals
Ralph Molina : drums, vocals
Larry Cragg : tambourine, technician