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Neil Young - St Louis - 11 janvier 1989 (compte-rendu)

 


Il y a un mois de ça Neil jouait avec CSN au Bridge et deux mois auparavant il finissait la tournée de la période ‘This Note’s For You’. C’est le premier concert de la tournée 1989 avec The Restless dont la première partie est assurée par Neil en solo. Je passe sur les détails du pourquoi je n’ai pas assisté au show acoustique et que j’arrive directement au show électrique. Honte sur moi ! !
Ca démarre en trombe avec un morceau d’Eldorado. Le groupe porte bien son nom et Neil n’est pas en reste, ils sont tous les quatre bien agités. My heavy love chante dans ma tête. Neil appuie son épaule sur celle de Rick. Mais c’est un bref moment car Neil est branché sur une pile électrique ! ! ! Mais que fait Neil ? ? Il vient vers nous, retire sa guitare et la pose contre lui et se met à jouer avec une guitare imaginaire accompagné d’un large sourire. Fini de rigoler, quel est le réglage qui merde, un technicien accourre, les Restless assure sans son leader. Neil rieur revient vers nous Old Black en main et fait le geste de la lancer sur nous ! Quel pitre ! ! ! Neil repart dans le morceau, mais aussitôt un bruit ! Une sonnerie de téléphone ou de porte ? Non. Un bruit de tonnerre ! A chaque fois que Neil touche sa Old Black fétiche ! Que se passe-t-il ? Neil regarde son pédalier puis continue le morceau tout aussi rageur et le finit dans la nuit. Seul Neil est éclairé, il teste sa guitare, la regarde. Il parle au technicien et au public. Là c’est bon mais pas là ! Le son de ma guitare est trop fort là ! Faut arrêter le show et revenir un autre jour ? Les minutes passent et le soundcheck se poursuit sans que la forte résonance ait disparu. A chaque fois, Neil teste sa guitare : ‘‘Là c’est bon mais pas là !’’.  ‘‘Nous reviendrons une autre fois’’ (We’ll go back another time) nous dit Neil désappointé. Hey ! Oh ! Tu ne vas pas nous abandonner ? ? ! That’s sound is good, but this one is big. C’est le plus gros son que Neil Young ait fait au monde ! Rire de l’assistance.  Ne pleurez pas, ajoute-t-il. Sans doute qu’il a eu l’accord du technicien car Neil se met à frapper les notes calmes de Don’t Cry. Mais ce morceau est plein de fureur entre les couplets ! ! ! ! ! Ballades et Heavy Metal dans un même morceau ! ! ! Seul Neil sait si bien faire ça ! ! ! Sedan Delivery est le père spirituel de cette nouvelle chanson de 1989 ! ! ! Allez ! Signe de tête au batteur pour un final de larsen où Neil pose une voix mielleuse en destination de sa chérie qui verse une larme : Tu ne seras pas vraiment seule. Noir. Quelques accords pour tester encore sa guitare et que j’accepte bien volontiers comme intro à Cocaine Eyes. Urgence dans la diction, urgence dans le rythme musical, urgence dans le propos ! ! ! J’ai rayé des amis le long de la route. Un poison blanc les plongeait dans un mauvais sommeil sans aucun réveil possible. Ne te voiles pas la face, Cocaïne, tu as encore perdu le combat ! Chaque jour je serai devant toi à te mettre hors course ! Neil dit à la fin : ‘‘Mon vieil ami’’. Est-ce que Neil avoue qu’il y a touché ? C’est le noir intense entre les morceaux ! Neil parcours la scène en testant silencieusement sa guitare. Noir. Neil s’est éclipsé ? Une voix perce la nuit : How y'a doin’ out there ? Hey Rick, nous t’avons reconnu ! ! ! Tu n’arriveras pas à nous bluffer ! ! ! Rends-nous Neiiiiiiil ! ! ! La foule s’agite et crie ! Des notes d’une grande pureté sortant d’une boule de cristal nous transportent dans la ville d’Eldorado. Images furtives et pourtant nettes nous viennent à l’esprit. Un beau travail de concision, Neil vient près de nous faire les fabuleux accords bien travaillés qui me donnent des frissons de plaisir ! ! Suivent aussitôt des effets de glisse avec la paume sur les cordes qui se marient bien avec l’acoustique de Poncho. Neil prend un médiator sur la tablette du micro pour jouer Heavy & Loud le temps de quelques secondes. Puis il le jette derrière lui et vient encore à côté de nous pour cette mélodie prenante ! Oui ! Vraiment Eldorado sera un standard et devra être joué à tous les shows comme Like_A_Hurricane ou Cortez_The_Killer ! ! ! Neil nous emmène sans coup férir dans une ambiance désabusée et lancinante de western spaghetti. Seule une faible lueur lunaire éclaire ce voyageur errant installé dans son wagon de marchandise qui glisse vers nulle part comme un corbillard. Un nuage de poussière roule léger et s’élève à son passage. Le voyageur s’y est agrippé. Neil va là où le vent veut bien l’emmener. Ce vent forcit, le synthé de Poncho grésille ! ! Oui, un ouragan ! ! ! Neil est cette tornade, se déchaîne devant chaque musicien. Une femme blanche embrasse Neil ! Euh, je veux dire qu’une flamme blanche embrase Neil ! Neil fait signe qu’il est aveuglé par ce feu, et la flamme blanche devient vénusienne. Oh ! Déjà fini  ? Un peu de larsen ? Merci Neil ! ! ! How y'a doin’ ? Neil fait sonner sa guitare. Ce n’est pas son jour à la Old Black ! ! Et Neil utilise que celle-ci avec ces Restless. Hey ! Virez-moi le gars de l’éclairage, tu lui mets plein les yeux ! ! Neil nous met plein la vue avec Mr Soul en nous donnant une version endiablée. You’re strange, but don’t change ! La guitare sauvage tente de se libérer du lasso de  l’ampli, mais Neil veille.

Rick Rosas comble l’absence de Neil en présentant le groupe. Le batteur Chad Cromwell de Tennessee, Poncho Sampedro de Crazy Horse. Yeah ! Salut à vous trois ! Survivants des Bluenotes ! Hey, Neil revient. Il a retiré sa veste à carreaux sans manche et se retrouve en T-shirt bleu. Son pantalon blanc usé, déchiré sur la cuisse droite et rapiécé sur les fesses et sur les genoux me fait penser à son beau pantalon blanc tout neuf de 1978. Neil remercie Rick et guitare enfilée se lance encore un test à moins que ce soit dans une intro de grande quiétude pour un nouveau titre ? Ah là ! je reconnais l’intro de Cinnamon_Girl ! Nous attendions tous cette fille et les dix saxophones d’argent ont été congédiés. Vous prenez le groupe paisible des Bluenotes et vous virez les cuivres et vous obtenez le groupe des plus agités qui soit ! Poncho et Neil dansent ce qui les amuse. Neil vient encore une fois en bord de scène nous jouer le final qu’il rallonge sous les encouragements du public. Noir. Neil boit de la flotte. Il est sans guitare. How y'a doin’ ? nous dit-il. Neil présente Rick "The Bass Player", et embraie aussitôt avec le deuxième titre sorti, ce soir, de son premier album avec Crazy Horse. Sur ce Down By The River, La batterie se fait plus présente, plus sèche. Neil alterne larsens et flopée de notes, nervosité et douceur. Virtuose, tu sais mener ta barque sur cette rivière ! Neil saute littéralement sur son pédalier pour un son sourd et nerveux ! Le temps d’une cascade sur cette rivière et les remous se sont dissipés. Le courant est plus calme à l’ombre de quelques futaies mais ça ne dure pas longtemps. Arrive, le final, lent et majestueux. Noir ! How y'a doin’ ? Ha ! Revoilà la lumière pour Hey Hey My My. Neil va voir ses musiciens pour les inciter à garder le rythme endiablé. Il fait signe qu’il est encore aveuglé et garde la tête en l’air fixant les projecteurs. « And once you're gone » Neil pointe le doigt vers nous, puis vers les projecteurs. « You can't come back » Neil met sa main sur le coeur. Etrange message que Neil nous délivre là ! Une fois partis, nous ne pouvons pas revenir dans son coeur ? ! Encore des signes pour dire qu’il est aveuglé. Retourne à son côté favori de devant de scène qui est à sa gauche. Neil commence le dernier couplet à sa place et courre vers l’autre micro à sa droite pour chanter les deux derniers vers. « Than meets the eye ». Poncho indique son oeil. Et ensuite, Neil, sur sa lancée, poursuit sa route vers l’extrémité de la scène. Le cordon se tend au maximum, Neil consciemment insiste un peu plus, puis devient raisonnable. Neil va à reculons vers les amplis s’y adosse, souffle un bon coup, fait signe au batteur et repart énergiquement dans le final. Noir ! J’ai besoin de respirer un bon coup ! Neil se débarrasse de sa guitare et la scène se vide. Mais, Neil revient aussitôt, guitare en main, ramasse une rose qui a été jetée sur le devant de la scène, la sent, et la pose sur l’estrade de la batterie. Neil repart dans des tests de sa Old Black. Quelle soirée ! ! ! Son et lumière sont d’humeur  taquine. Heureusement que le moral de Neil ne faiblit pas et Neil poursuit le show vers Broadway ! Ville de lumières et de paillettes. La plus petite pièce ne fera pas briller tes chaussures à Broadway. Neil jette son pied en l’air en rigolant. Surtout que tes tennis blanches ne sont pas faites pour être brillées. Ce n’est pas une ville pour Neil ? Il s’en fiche, il a sa guitare et joue tant qu’elle est avec lui. Et à sa façon ! Personne n’a à lui dicter quoi que ce soit ! Chose rare à souligner : Neil fait une reprise ! On Broadway date de 1962 et a été écrit et composé par Barry Mann, Cynthia Weil, Mike Stoller et Jerry Leiber. Pas de répit, la batterie est métronome, les guitares sont sensibilité à fleur de peau. Les guitaristes s’avancent vers nous pour jouer leurs notes d’écorchés hypnotiques et psychédéliques. Notre vie est dans nos mains. Cette nuit est la nuit. Les chats miaulent dans cette nuit électrique. Poncho frappe dans les mains. Neil s’arrête de jouer et continue de chanter, guitare sur le côté. Et quand il se met à rejouer ça ne va pas, et il fait un signe à un technicien qui vient aussitôt s’affairer autour de la Old Black pendant que Neil en joue ! Une double croche scintille au-dessus d’eux. C’est le final d’enfer ! Neil ne tient pas en place pour ce final ! Final ? Non ! Neil fait signe et repart dans cette nuit qui finalement est torride pour ce mois de janvier ! Torride à faire péter des cordes. C’est d’ailleurs ce que Neil fait aux siennes et s’en va. Rick dépose sa guitare sur le plancher de la scène. Poncho l’imite. La double croche est éteinte. Noir.

Denis Between The Rusty Words
(11 novembre 2003)
© IDDN 2005

Le texte traduit





Electric setlist : Heavy Love / Don't Cry / Cocaine Eyes / Eldorado / Box Car / Like A Hurricane / Mr. Soul / Cinnamon Girl / Down By The River / Hey Hey, My My / On Broadway / Tonight's The Night