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Neil Young - Atlanta 1991 (compte-rendu)




Votre envoyé spécial en direct d’Atlanta vous offre ces quelques mots rouillés. Le Crazy Horse est sur pied. La sombre armoire à ruiner la vue aussi. Je suis excité d’assister au concert de ce groupe plus que mythique et je me demande si j’ai le courage d’affronter ces quatre gaillards dont le meneur est et demeurera une montagne du Rock ! Je ferme les yeux. Aucune érosion musicale ne s’entend sur son hymne de la Rouille. Mieux ! Cette montagne s’est embellie avec le temps, apportant ici et là quelques escarpements rocheux, quelques recoins ombragés et ombrageux, quelques tapis de plantes rares et sauvages, à la fois joyeuses et geignantes, magnifiant cet ensemble respirant la vie. L’oeil  mérite cela. Les miens semblent aimantés et se coincent sur la ligne des projecteurs. Un regard sur Neil Young se fait fugace et je plonge dans la nuit. Allons Denis ! Le micro géant et son étendard jaune du premier golfe est bien là. Pourquoi "premier" ? Mais bien que je vous considère comme mes amis, je ne vais pas ici dévoiler mes talents divinatoires. Ce n’est pas le moment alors que mes yeux sont obnubilés par le micro géant et son étendard jaune flottant. Mais encore ? Neil ! ! ! ! ! Il est là ! Vêtu de sa chemise à carreaux, il est aussi à l’aise que dans son garage. C’est un plaisir ! Si Neil, enfant a voulu être pompier, il est maintenant incendiaire tant par la musique que par les paroles. Le feu poétique qui s’en dégage m’émeut énormément, et aussi à vous ? Neil se balance nerveusement sur ses pieds pendant les périodes calmes de cette tirade sur le crime. Un souffle. Oui, juste le temps d’un souffle pour qu’un souffle naisse de la guitare de Neil. La tige de vibrato est usée tout le long de ce chant dylanien. Seules des voix font écho à la plainte de Neil. Est-il conscient de nous donner des frissons par cette version tant elle est apocalyptique, tant elle est admirable ? Neil pousse au détail du souffle jusqu’à en donner un sur ses cordes en guise de conclusion. Des anciens morceaux comme "Cinnamon Girl" ou ceux de son dernier opus (Love To Burn, Mansion On The Hill), la performance est sans rature et non dénuée d’intérêt. Souvenez-vous. Lors de sa tournée européenne acoustique en décembre 1989 (Paris, c’était le 11), Neil nous avait gratinés de deux morceaux inédits : "Dreamin’ Man" et "Fuckin’ Up". Et c’est ce dernier qui se retrouve entre les mains électriques du Crazy Horse ! Ca déménage ! Neil et son bassiste Billy Talbot gesticulent. Neil se tortille en faisant face à Poncho mais celui-ci ne démord pas à la position statique dans son accompagnement. Finalement à la longue, Poncho finit par secouer un  peu la torpeur de son corps. C’est Ralph Molina qui, d’un coup de cymbale, a le dernier son. Retour à Zuma avec le mythique et fabuleux "Cortez The Killer" qui n’a pas été joué depuis mai 1989 avec les Lost Dogs et s’il faut rechercher une date avec le Crazy Horse, il s’agit de juin 1987 ! Presque un lustre sans être joué ! C’est incroyable ! Comment Neil peut-il nous faire cela ? Mais ne gâchons pas notre plaisir par d’aussi sombres pensées. Neil et Billy sont ce soir extrêmement complices, et ils y vont de leur causette et de leurs larges sourires. Cette très belle chanson finit dans un très long grincement amenant l’ombre. Se croyant protégé à l’intérieur de celle-ci, Neil donne la guitare à son technicien attitré et néanmoins ami Larry Cragg qui l’accorde à en perdre son chapeau de fermier John, personnage qu’il incarne dans cette tournée mémorable de ce début d’année 1991 dans laquelle il est prévu que Neil joue cinquante-trois concerts en quatre-vingt-seize jours ! Et celui-ci, à Atlanta, est le trentième concert ! Vous savez ce qu’il reste à faire ! Tout n’est pas encore perdu ! Neil est revenu à la lumière. L’introduction qui suit est reconnaissable entre toutes ! Neil fait résonner plus longtemps sa guitare afin de la tester à l’oreille. Cette version de "Powderfinger" est nerveuse comme un crachement de poudre dans un bel étincellement. Le public devant la scène est aussi posé que le gars qui contrôle sa table de mixage ! Réveillez-vous, bon sang ! C’est le Crazy Horse ! Vous n’êtes pas dans votre salon à les visionner sur un écran ! Ils sont là en chair et en os pour vous ! Neil s’écoute chanter sur plusieurs tons la répétition de "break it down" dans "Love And Only Love". Une grande partie musicale permet à Neil de s’évader. Il transpire avec énergie. Sur la durée, il semble s’essouffler un peu, mais il reste toutefois très convaincant ! Si vous croyez que Neil va se reposer, vous avez... TORT ! Le voilà maintenant qui se déchaîne comme un diable, plié en deux, gesticulant dans son effort sur sa guitare. Neil ressent le besoin de serrer les dents. Une pause ? Que nenni ! Neil n’est pas du genre à dormir dans ses chaussures ! Surtout quand vient le moment de son hymne pour la liberté criant de vérité quand les choses dites sont ainsi. Oui, de nos jours des bébés se retrouvent isolés dans des poubelles, abandonnés dans les jardins. Les peuples traînent les pieds vers nulle part pour le bien-être des maîtres. Neil fait un de ses beaux bazars à la fin. Ralph frappe rageusement ses cymbales. Tandis que Billy et Poncho posent leur guitare, Neil porte la sienne à hauteur de son visage et la secoue pour les ultimes tressaillements qui ébranlent cet ancien monde pour la mise en place de fondations d’un monde libre. J’ai juste le temps de vous écrire ceci que Neil nous revient et nous salue de la main : "Crazy Horse". Il y a en ce moment un drôle de bruit. Cela ne vient d’aucun instrument. C’est comme un bruit de chaîne se déroulant dans son engrenage mal huilé ! Une chaîne de colombe ? Non, de caches de protection. Neil part dans la satire avec son "Welfare Mothers make better lovers". Cette assistance inégalitaire aux conséquences souvent tragiques ! Quelque chose ou quelqu’un dans le public fait marrer Neil et Billy. Neil touche de sa main le visage de Billy. Tout le monde se parle mais seul Neil est au micro. Billy répond enfin à Neil qui tend la main vers là-haut. Neil nous cause sous un bruit de bazar. Poncho s’installe sur son oiseau balancier. Neil invoque les cieux : "Hurricane ! Hurricane ! Hurricane !". Première fois que j’entends cela ! Le morceau anthologique démarre alors vraiment ! Le long ruban jaune fixé au micro flotte brillamment. Ces quatre lascars courbés sur leurs instruments me font penser au tableau rustique de Millet "Des Glaneuses", dont Van Gogh s’est abondamment nourri dans ses nombreuses toiles pour représenter l’effort physique des travailleurs. Ici, sur scène, leur son si particulier sort de leurs pores. Ne sentez-vous pas cette bonne odeur d’un "Crazy Horse" qui est en plein labeur ruant jusqu’à la hernie ? Et toi, tu veux rester inactif devant ces habiles travailleurs, les admirer oeuvrer dans leur imposante tâche ? Bourgeois ! Citadin ! Viens nous donner un coup de main ! Bouge-toi ! Des bruits étranges, toujours les mêmes, se font entendre lorsque les guitares ont fini leur tornade. Billy quitte sa guitare. Est-ce déjà fini ? Non ! Il a remet aussitôt. Neil s’est dirigé vers lui et se mettent à discuter. Puis, Neil rejoint Poncho, qui semble ce soir faire un peu bande à part, lui parle à l’oreille tout en s’accrochant au manche de la guitare de notre triste sire. Viennent les premières notes de "Tonight’s The Night" ! Neil nous sourit. Mais le voilà déjà courbé sur son ouvrage ! Poncho conserve encore une fois une position méticuleuse et concentrée. Une cymbale tremble. Neil répète longtemps "Téléphone". Et Larry arrive ! Avec un téléphone ? Non, du moins je ne le pense pas. Non, ce n’est pas un téléphone qu’il a mais une guitare. Larry manifeste sa présence en tapant sur l’épaule de Neil au moment où celui-ci lance un beau grincement de guitare. Neil est surpris, il ne comprend pas ! Un échange de guitare a lieu mais le morceau n’a aucune coupure. C’est entre magie et haute voltige ! Je vous laisse le soin de choisir selon vos préférences. Moi, j’ai choisi... les deux ! Les "Tonight’s the night" de Billy et Poncho répondent à ceux de Neil. Laissant ces deux compères chantés, Neil s’approche du public, et lui dit quelque chose ! Mais que lui a-t-il dit ? Je ne sais pas en ce qu’il vous concerne, mais ce suspens m’est drôlement excitant ! Ce comportement de Neil n’est pas très fréquent cette année. Oui, mes amis ! Il se passe quelque chose !
Neil : Bruce Berry was a working man
Public : He used to load that Econoline van.
Neil : A sparkle was in his eye
Public : But his life was in his hands.
Cela est chanté au seul son produit par Ralph frappant ses baguettes l’une contre l'autre et par Billy battant le rythme des mains. Et cela continue pour la strophe suivante ! ! !
Neil : Well, late at night when the people were gone
Public : He used to pick up my guitar
Neil : And sing a song in a shaky voice
Public : That was real as the day was long.
C’est insensé ! Que nous a fait Neil ce soir ? Neil et Billy joue maintenant nerveusement. Eux deux ont assuré le spectacle par leur très grande vitalité et aisance ! Neil tend sa guitare à Larry. Billy nous salue avant de disparaître. Merci Crazy Horse ! Merci à vous qui êtes resté jusqu’ici pour ce magnifique concert. Neil et ses compagnons seront dans quatre jours à Orlando en Floride pour un concert tout aussi splendide ? Je l’espère vivement. Hé oui ! Il se peut que je sois encore dans le public avec vous et pour vous ! A bientôt pour de nouveaux mots rouillés.

Denis Between The Rusty Words.
(27-05-2005)
© IDDN 2005

Le texte traduit





Setlist de ce show : w/ Crazy Horse ; 03-03-1991, The Omni, Atlanta, Georgia

Hey Hey, My My / Crime In The City / Blowin' In The Wind / Love To Burn / Cinnamon Girl / Mansion On The Hill / Fuckin' Up / Cortez The Killer / Powderfinger / Love And Only Love / Rockin' In The Free World / Welfare Mothers / Like A Hurricane / Tonight's The Night
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Groupe :

Neil Young : vocals, guitar, keyboards, harmonica
Frank Sampedro : guitar, keyboards, vocals
Billy Talbot : bass, vocals
Ralph Molina : drums, vocals
Larry Cragg : farmer, technician