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Astrid Young - Haunted (film)




Scénario, actrice principale : Astrid Young
Réalisateur : Julian Grant
Durée : 47 minutes




     Comment ne pas penser au moins à deux références cinématographiques en sortant de la projection de "Haunted" ? La première référence, par le traitement du sujet, va aux films de John Cassavetes filmant sa femme, Gena Rowlands, dans de beaux portraits de femme (A Woman Under The Influence, Opening Night). L’autre référence m’amène au film de Year Of The Horse de Jim Jarmush pour le sujet de film vérité musical.

     Le réalisateur Julian Grant peint ici la vie de la chanteuse et bassiste (Plez) à travers un groupe rock vraiment existant sur la scène de Toronto : iST. Il s’agit d’une fiction, nous dit-on. Et pour bien marquer qu’il s’agit d’une fiction, le nom de l’intéressée a été modifié. Eh oui ! Astrid Young joue son propre rôle sous un nom d’emprunt. La chanteuse d’iST se nomme Plez et non Astrid Young... Ceci nous trouble. D’autant plus que la fiction et la réalité se confondent. Et devinez qui est le père de Plez ? Scott Young ! Le propre père d’Astrid ! Ce film joue sur l’ambiguïté et ce qui fait la réussite de ce film. De ce fait nous ne savons plus si ce film permet à Astrid Young à évacuer son vécu sexuel de psychopathe (ou ses phantasmes) de Los Angeles, ou bien à exprimer les risques de perte de la réalité que la scène et la gloire procurent et dont les vapeurs d’alcool ne permettent pas de remettre les pieds sur terre. Notre héroïne plonge dans un excès de pouvoir licencieux qui lui permettra de châtier ses fans.

     Sur le website d’Astrid Young, vous avez le loisir de lire son scénario original avant qu’il soit retravaillé par Julian Grant. Et j’ai voulu étudier comment Astrid Young nommait Plez par les autres personnages : screaming siren, girlfriend (2), sweetheart (chérie), slut (salope), sick puppy (chienne malsaine), you look almost human (après une tentative de suicide), my angel, a freak (monstre), a lie (un mensonge), a art personified, holy mother fucker (connasse de sainte mère), nice baby, a too hot baby (au lit), the witch (sorcière), mommy (quand elle parle d’elle-même à son chien, Prairie), crazy, she’s a mess (elle est complètement déboussolée), angelic queen, a poor sweet child, sex goddess, sweet (dit un amant). Et pour le mari (qui ne se gêne pas vraiment pour la tromper) mais qui ne voit pas ses problèmes psychologiques : my love, sweet girl, wife, Plez baby, babe, sweet angel. Pour la police, elle passe rapidement de "a celebrity" à "gal" (= girl). [A propos d’un policier, une question me vient à l’esprit. Le policier en civil O’Brien courant dans les couloirs à la recherche de Plez, interpelle l’amie de Plez par son prénom, Tess, et non par Miss Harper, comme il aurait dû le faire. S’est-il passé quelque chose entre eux qui nous a été caché pour en arriver à cette familiarité ?] L’enrichissement d’appellations montre la complexité du personnage et en fin de compte de tous personnages normalement constitués face à différents individus et dans différentes circonstances de rencontres. Personne n’a un esprit lisse.

     Astrid trouve aussi le moyen de faire passer son message principal (le message de la star !) par Tess (la copine de Plez) disant au mari de Plez : "Traite-la comme une femme, pas comme une certaine divinité omnipotente ! Tu la met en haut de ce piédestal et elle ne peut jamais être fidèle à l'image que tu as créée pour elle. Pas vingt-quatre heures par jour ! Produit ses disques, mec, ne produit pas sa vie entière. Elle ne veut pas être observée toute le temps." ["Treat her like a woman, not like some omnipotent deity ! You put her up on this pedestal and she can never live up to the image you've created for her. Not twenty-four hours a day ! Produce her records, man, don't produce her whole life. She doesn't want to be watched over all the time."] Une idée me vient à l’esprit : il manque de nombreuses scènes (dénudées) par le passage du papier au film. Ont-elles été tournées et censurées, ou simplement écartées avant que le mot "action" soit déclenché ? (Rires).

     L’adaptation du scénario a diaboliquement atterri dans le monde de ce réalisateur canadien qui a réalisé plusieurs films dramatiques ("Deadly Current", "When The Bullet Hits The Bone", "Electra", "No Exit"). La force du film se situe dans la succession de témoignages, pris sur le vif, qui tente de cerner la personnalité d’Astrid Young, euh, enfin... je veux dire de Plez. Cela est entrecoupé par la présentation des clips, drôlement gore, du groupe iST dont tout est fait aussi pour que leur légende soit créée : sept disques en huit ans, des figurines et produits dérivés en pagaille à l’effigie de Plez, des foules fanatiques lors de leurs concerts, des tensions d’égocentrismes, des remises en question, etc...

     Tous les intervenants sont criant de vérité. Et pourtant ce ne sont que des amateurs choisis dans leurs cercles d’amis. Que dire de cette fille qui montre ses seins si ce n’est que dès qu’elle apparaît à l’écran, elle sait et nous savons qu’elle va les montrer. Il faut être très fort de naturel pour pouvoir transmettre la pensée avant le geste. C’est tellement évident qu’elle va nous les montrer que le fait de les montrer aurait pu très bien être coupé au montage. (Désolé pour les mateurs).

     Le film est donc réussi puisqu’il dérange à ne pas savoir qui de Plez ou d’Astrid est la tueuse au stylet. Si un jour, vous vous trouvez dans les bras d’Astrid, à votre place je me méfierai. La véritable Astrid Young a beau dire dans une interview : "Je suis une chanteuse, j'ai un groupe appelé iST, ce sont nos chansons, mais le monde que Julian Grant a créé avec moi est une pièce de fiction. Je ne tue pas mes fans et au meilleur de ma connaissance je n'ai aucune intention de le faire dans un proche avenir." ["I am a singer, I do have a band called IST, these are our songs, but the world that Julian Grant created with me is a piece of fiction. I do not kill my fans and to the best of my knowledge have no intention of doing it in the near future."] Ce sont de biens jolis mots et je ne sais pas ce que vous en pensez, mais en sortant de ce film, moi, je m’attendrai à ce qu’elle sorte son stylet pour me trucider.

     Astrid Young crève l’écran. Son personnage l’envoûte. Elle transcende Plez. Car Astrid n’est pas Plez. Et je veux le croire. Il faut espérer retrouver Astrid Young très bientôt dans un prochain film, dans un autre rôle de composition, pour que l’essai soit transformé. Pour moi, il est évident qu’il le sera mais il faut le faire pour s’accaparer d’un public plus large que les aficionados.

Denis Between The Rusty Words
(02 décembre 2005)
  © IDDN 2005

Le poème traduit

Distribution :
Malcolm Xerxes- Monty Spiegel
Astrid Young- Selene Pleazance Marquise
David Kiner-
Tim Welch-

Date de sortie : 8 juin 2001
Durée : 47 minutes

Auteure du scénario- Astrid Young
Metteur en scène & producteur- Julian Grant
Directeur de la photographie- Michael Fylyshtan