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Neil Young - Koln 1993 (compte-rendu)




     Il y a un lieu qui nous ramène au passé, à une jeunesse où il fait toujours beau l’été, où tout est sourire dans un joli halo d’un plus bel effet. Halo qui a la rondeur d’un parapluie, qui a le flou d’un objet trop près, trop près pour que nous voulions l’oublier sans pour autant que nous puissions l’identifier. Sans que nous le sachions véritablement, tous nos souvenirs sont mis sur la table, sont triés comme si des ambassadeurs grisâtres et embaumés d’Eau De Cologne refaisaient une carte géopolitique de notre continent après la chute du petit Nicolas. Parfois il nous semble que nous sommes mis à l’écart des faits engrangés par notre mémoire comme un étranger face à la raison des saisons. Le soleil se trouve bien au Sud. Et le baladin danse sur des arcs en toile psychédélique. Il inspecte le ciel. Il fait tout de même trop chaud pour se rappeler les neiges du Nord. Et pourtant... Une main, un ballon jaune batifole, une main, un sourire, une pirouette libre, une main, un rail noir et blanc à moins que ce soit une échelle (mais non, ce n’est pas une échelle), des mains, une serviette rouge, des vagues de mains. Dans cet océan, se jette un fleuve marchand arrosant cette vallée verdoyante qui filtre les coeurs. Deux jolis coeurs ont été ainsi absorbés par la masse qui ombre comme un vol vertical. L’agonie couleur rouille grince des cordes. Comment allez-vous ? J’espère que j’ai arrêté (...). Nous l’espérons en tâtant nos têtes mercuriales. Les deux coeurs crient leur présence dans ce pays rinçant les gosiers. Le médecin ausculte son enfant qui pourrait être patient. Ils sourient, se taquinent. L’homéopathe le chatouille de toute part et le prend par la main pour s’amuser dans le vent. Les extrémités rougissent. La jouissance et l’extase glissent dans nos yeux aériens. La prise de température indique une bonne santé néphrétique. Et nos yeux allumés ne sont pas le signe que nous avons l’oeil jaune. Jamais, nous ne l’avons eu. Il est trop tard pour une crise de foie après trente et un ans d'expérimentation tous azimuts. Ce magnétisme se diffuse au voisinage. Un steamer vogue en douceur devant nos yeux en crachant sa poudre. Et le rail réagit par une gorgée de bière. Trop tard ! Le flash-back est installé. Le morceau de polystyrène est emmâté d’une brindille et courre rejoindre sa mer. Des feux d’artifices scintillent alors nos yeux avant que n’arrive l’amour. Les poches connaissent mille et un secrets et le trésor. Les tabourets naissent en triplés sous la lune naissante qui sera le ballon de nos rêves ou de nos ventres, mais sûrement lune de jeu protégée par l’amour. Et la cave me dites-vous ? La cave ? Lieu silencieux de mystère. Aussi grande soit-elle, elle restera trop petite pour contenir nos fantasmagories. Notre jouet adoré est usé, nous avons fait le tour de notre territoire, du moins nous le croyons. Sa magie consommée nous impressionne plus. Et petits humains que nous sommes, sommes en recherche de nouveautés, de nouvelles expériences, de contacts fortement imbibés de cette magie enfantine. Changeons-nous nos idées ? Il semble que la grandeur de nos idées est inversement proportionnelle à l’étirement de nos os. A quoi pensions-nous en tête blonde sur le tricycle rouge ? Nous savions le faire démarrer au quart de tour. Nous le faisions pétarader, et nous enfilions des kilomètres, fougueux comme un... cheval fou et gueux. Avec une porte noire, nous descendons la rivière. Maintenant, les bords sont trop escarpés pour y accéder. Le courant nous emporte... vers les cascades. Tu détestes réellement mon idée. Tu me tournes déjà le dos. Attends, l’union est la solution et nous aurons engrangé la joie du souvenir (enfouie ou floue). Le chemin est encore long avant cette destination... long mais agréable, et agrémenté de hautes péripéties accompagnées des longues lamentations de deux sirènes envoûtantes. Tu vois, nous avons fini par accoster. Crois-tu que derrière ma main en carton, il n’y a pas une main de chair ? Saisis ma main tendue et ne fais pas qu’un geste. Le six et sept décembre mille neuf cent soixante-sept, un marin quasi nu est en errance sur le port. L’image froissée d’un navire flottant sur les mers du Sud se noie tristement dans ses yeux. Mon attention quitte cette coquille de noix pour un nouveau jeu. Une chanson de mon ami (...). Celui-ci a inventé un jeu pipé entre gendarmes et voleurs au temps des chevaliers, des princesses et des serfs. Autre époque, autres moeurs. Faut-il croire l’aphorisme ? Nous sommes orphelins pour une bière. Etranger dans notre famille, nous ne sommes pas pour autant abandonnés, même si parfois ce sentiment de se retrouver sans foyer dans un monde libre nous submerge. C’est la deuxième fois que vous saluez votre nom. Vous semblez heureux et nous pareillement. Cela mérite bien un large sourire conjoint.

Denis Between The Rusty Words
(22 mars 2005)
© IDDN 2005

Le texte traduit





Setlist de ce show : w/ Booker T and The MG's ; 07-19-1993, Tanzbrunnen, Köln, Germany

Mr Soul / The Loner / Southern Man / Helpless / Love To Burn / Motorcycle Mama / Like A Hurricane / Separate Ways / Powderfinger / Only Love Can Break Your Heart / Harvest Moon / The Needle And The Damage Done / Change Your Mind / Live To Ride / Down By The River // Sitting On The Dock Of The Bay / All Along The Watchtower // Rockin'In The Free World
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Groupe :

Neil Young : vocals, guitar, harmonica, piano
Booker T. Jones : organ, synthesizer, vocals
Steve Cropper : guitar
Donald Duck Dunn : bass
Jim Keltner : drums
Astrid Young : backup vocals
Annie Stocking : backup vocals