Homepage

 


Neil Young - Paris - Bercy - 24 juin 2001 (compte-rendu)

 


Je dédicace ce texte à Elwood, Damien, à tous ceux qui n'ont pu se faire lion dans la fosse, et à tous les rusties en général.
Ce qui suit n'a qu'une valeur de témoignage et ne correspond pas forcément à ce que vous avez retenu de Bercy 01.

OASIS
Ca démarre mal. La batterie me traverse le corps. Je sens tous les atomes, qui me constituent, vibrer, puis de suite s'affoler. Est-ce que mon cœur résistera ?
Les anglais s'agitent et pogotent. Le chanteur ne fait rien pour régler son micro qui lui arrivent à la poitrine et pointé vers son abdomen ! Imaginez les contorsions qu'il s'oblige pour chanter ! Enfin, il reçoit en plein cœur un projectile lourd (fruit ? orange ouverte ?). Oh oh ! Le lanceur ne l'a pas raté ! Il regarde le projectile tombé à ses pieds, fait la moue, va à son micro mal réglé et articule sans aucun son ne sorte "I just f#°* you". Au morceau suivant, il est absent, sûrement parti se cacher pour faire sa petite bouderie.
Cherchons quelques points positifs à cette horreur musicale. Des intros à la Pearl Jam courtes et efficaces. Un final électrique en apothéose.
Aucun rappel (ouf !) ; la chair anglaise (sauf Donna, la rusty anglaise) amassée devant moi couvrant une trentaine de rang se désagrège vers la sortie. C'est le moment ou jamais : je vais de l'avant suivi de Hugues et me retrouve au 2ème rang.

NEIL YOUNG
Les techniciens investissent la scène. Piano à droite perpendiculaire au devant de la scène, harmonium à gauche face à nous (Neil nous tournera le dos pour sans doute un ATGR). Devant celui-ci, un totem lumineux à l'effigie du chef guerrier Crazy Horse. Batterie au centre ornementée des drapeaux pirate et français et d'un super dessin de tête de buffalo sur la grosse caisse de Molina. Pourquoi ne l'ont-ils pas mis en tee-shirt ou en poster ? ! J'enrage.

Crazy Horse ! Crazy Horse ! Crazy Horse ! CRAZY HORSE ! CRAZY HORSE ! CRAZY HORSE ! CRAZY HORSE ! CRAZY HORSE ! CRAZY HORSE ! CRAZY HORSE !. On s'essouffle. Il se fait désirer. Nous entonnons un HeartOfGold. Toujours rien. Puis à la lueur des grosses bougies parsemées sur la scène, le Crazy Horse arrivent en grande timidité par la droite.

Don't Cry No Tears / I've Been Waiting For You. Hou, j'ai peur : c'est vraiment trop rodé et millimétré, en un mot : trop sérieux. Neil a besoin d'aide pour se sentir à l'aise. Nos seuls armes sont chant, gesticulations et interpellations. A la fin du 2nd morceau, il commence à sourire et à nous jeter un regard.

Love And Only Love. C'est vraiment avec ce morceau que Neil commencera à nous prêter attention. Ce morceau est dément. Une partie chante "Love&OnlyLove" avec lui, et l'autre (dont votre serviteur en fait partie) la lui donne en réponse. Cela donnait une nouvelle dimension (la 8è ou la 9è ?, on en est plus à quatre !). Il nous a entendu et il a bien compris cet appel à la fougue. Le Cheval se débride. En live, il n'a jamais autant repris les couplets que ce soir. Nous avons gagné son estime. Il ne joue plus pour lui, il ne joue plus pour nous : il joue avec nous. NOUS SOMMES LE CRAZY HORSE ! N'ayons pas peur de le dire. Et dans le même esprit arrive Piece Of Crap. Pour le dernier cri "PieceOfCrap", Neil cherche le moment pour nous surprendre car il voit qu'on le précède. Et il le trouve. Ah, joie !

Going Home / When I Hold You In My Arms. Silence dans le public pour apprécier ces nouvelles chansons dans l'esprit de Ragged Glory et BrokenArrow. Devant moi, deux jeunes filles amies, françaises et rusties. L'air vient à manquer pour l'une et demande l'évacuation par le service de sécurité. Et par amitié, sa copine la suit. Et … me voilà en première ligne au côté de Young Billy et face à Poncho ! Quand tu es à cet endroit, tu sais si le regard des musiciens se porte sur toi ou sur ton voisin ou derrière toi. Et puis, de cette place, le son est parfait. Que demander de mieux. Je suis content de ne pas avoir eu le choix lors de l'achat de mon billet. Place à l'acoustique.

From Hank To Hendrix / Don't Let It Bring You Down / Pocahontas / After The Gold Rush. Il se moque pas de nous. Avec une partie électrique dans les pattes, il joue de la guitare debout. Il chante avec le public. J'aime beaucoup ATGR, mais ici, je l'ai trouvé un peu pâle. Je veux dire classique, traité sans originalité.

Only Love Can Break Your Heart. Bonne transition entre l'acoustique et l'électrique. Rien à dire de plus, rien eu d'exceptionnel dans mon souvenir.

Standing In The Light Of Love / Gateway Of Love. Encore deux nouvelles chansons. On est gâté. Elles sont toutes excellentes et envoûtantes. Dans celle où il alterne piano et guitare électrique, il reste assis tout le long du morceau ; la guitare au repos est dans son dos, le manche vers le sol, et elle serait, à mon avis, meilleur sans le piano. Celui-ci n'apporte rien et nous enlève le plaisir de l'écoute des notes scintillantes de l'électricité dont seul Neil a le secret.

No rain ! No rain ! crie le public à l'identique du RustLiveCD et RustNeverSleepsVideo : le Crazy Horse est aux anges. Le bonheur se lit sur leurs visages dégoulinant de transpiration, à grosses gouttes.

My, My, Hey, Hey (ou comme indiqué Hey, Hey, My, My). Une puissance jamais égalée est ici atteinte.

Ca bouge dans tous les sens autour de moi. C'est fantastique !

Il nous fait ce couplet : "The king is gone but he's not forgotten / Is this the story of Johnny Rotten ? / IT'S BETTER TO BURN OUT THAN TO FADE AWAY / The king is gone but he's not forgotten." Alors qu'il devait faire : It's better to burn out 'cause rust never sleeps.". Le réflexe du HHMM seconde version lui est revenu. Poncho, par des grimaces amusantes marquant l'étonnement, le lui fait remarquer. Neil prend alors conscience de sa petite inattention et lui répond par les mêmes grimaces. Ils sont tous les deux hilares. Et Poncho s'approche de Neil et mime à deux reprises un coup de pied au derrière de Neil qui n'en a cure et lance le Cheval dans une chevauchée folle et sauvage. Comment fait-il pour tenir ? Quelle pêche ! Quelle énergie !

Sedan Delivery. Magique. La lassitude que j'éprouve dans certains vieux live (1996, 2001) est dissipée. Même miracle que pour "Love And Only Love". Ici, je donne encore la réponse à Neil. C'est la fin pour moi. Je suis mort. SD m'a tué. Et maintenant, arrive . . .

. . .  Like A Hurricane. La colombe descend du ciel (orgue). Une larme bleue coule de son œil gauche fermé. Un bandeau noir sur la tête. Etonné, je veux lui crier "no tears around me" mais trop tard : un violent Hurricane s'annonce. Le démarrage est comme une fin de la version de Weld.

Là et las, je suis spectateur. Une main accroche la barrière, l'autre posé sur l'épaule de Young Billy, je me sens faible, presque groggy. Ils devraient songer à installer un système d'aération et / ou asperger d'eau. Eh, Neil ! Il est où ton gros ventilo de Hurricane. Ca gigote de tous les diables sur la scène. Les fils s'emmêlent. Billy cherche à les démêler et fait signe d'un mouvement de corps de passer derrière lui. Mais Neil est dans son trip et fait à ce moment abstraction de tout.

Déjà la fin, Neil cherche par la distorsion à casser ses cordes. Une par une, elles cèdent à la pression. Une plus résistante demande la force de Neil qui l'arrache à la main. Neil, ne va pas te couper un doigt ! Nous passons à la partie expérimental, côté laboratoire. Par des mouvement vibratoires, Neil fait passer sa old black par différentes positions recherchant toujours à agiter la tige de distorsion libre de tout mouvement. Il teste les sons qui en découlent. Il adosse la guitare contre le piano, la tapote, va à son pédalier modifié les paramètres et revient la tapoter pour écouter le son qu'elle produit et cela à plusieurs reprises. Quelques notes au piano et . . . tu ne vas pas finir comme ça ce morceau, pas si tôt, il me faut encore dix à vingt minutes ! Tu as bien encore une guitare à achever. Va la chercher, s'il te plait.

Pendant tout ce temps, Poncho observait avec bonheur Neil travaillé dans l'expérimentation. Quant à Billy, a posé sa guitare au sol et la regarde interrogateur : je la piétine de suite ou je cherche à en tirer quelques sons. Il opte pour la deuxième idée et s'agenouille pour la tripatouiller. Le Crazy Horse s'éclipse par la gauche.

Encore . . . Of course, on en veut encore, jusqu'à l'aube. Et j'ai retrouvé toutes mes forces. Je suis fin prêt pour . . .

. . . Fuckin' Up. Désolé, je n'ai pas les mots pour raconter ce morceau tant il fut phénoménal. N'y a-t-il pas un peu de blues vers la fin ? Ah, la, la ! Neil n'a jamais osé une telle version. Il l'a fait car il avait l'adhésion du public. Il pouvait ce soir tout se permettre. Nous avons été bon ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! Poncho m'a eu sur la longueur lorsqu'il lance son interminable "Fuckin' Uuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuup". Il n'a peut être pas besoin de crier aussi fort. Il est très fort. Ce "Fuckin' Up" restera dans les annales et Neil ne devrait pas l'oublier dans un CD live.

C'est la fin. Neil, bras levés, agite les mains pour remercier le public des gradins. Les baguettes de Ralph voltigent au dessus du public. Il y a eu une déjà qui à passer en plein milieu d'un morceau ! (MMHH ?, ou une plus tôt ?). Puis, bras dessus bras dessous le groupe fait une courbette et est avalé dans l'intimité des loges. Arrive la petite musique de fin de show qu'on retrouve uniquement sur le "Vancouver 2000". C'est décidé : je me lave plus les oreilles jusqu'à Noël, Neil me les a bien décrassées ce soir à Bercy. Une question me trotte dans la tête (et je vous invite à me répondre) : Comment écouter encore des CDs (officiels ou bootlegs) du Loner après avoir participé à un show ?

Je me dirige vers la sortie et une grosse déception m'assaille et déchire mon cœur : Astrid a dédaigné mon rendez-vous (et Peggy à celui de François (ffisson)). Je voulais juste la prendre dans mes bras et la couvrir de bisous en toute simplicité. Je pars d'une bonne intention : les nuits parisiennes sont si fraîches et si hostiles. Bon, maintenant il me faut le tee-shirt de cette tournée. Un de taille M. La vendeuse, très charmante, me propose ce qui lui reste : du L. Elle le déplie, il est plus large que long, je ne peux pas endosser ça. Deux comme moi entrerait dedans à pied joint. Je lui demande de partir à la recherche d'un M dans son stock de T-shirt, m'importe peu alors le motif. Elle me quitte un peu angoissée. Elle revient radieuse, l'œil éclatant de joie et me montre fièrement l'étiquette avec médium inscrit dessus. Et c'est même le motif que j'avais demandé ! ! ! Bravo. Quand je pense à Julia (rusty - USA) qui doit découper les motifs des T-shirts pour les recoudre sur d'autres car elle ne trouve pas de grandes tailles !

Les LGO et autres rusties se réunissent sur le parvis de Bercy. Mes jambes sont hachées menues, ma gorge desséchée. Nous nous mettons en route difficilement vers l'oasis (sic !) la plus proche et nous investissons entièrement la terrasse. Il me faut du sucre rapidement assimilable et de quoi se déshydrater. Le serveur me ramène un coca. La nuit est d'une chaleur douce. Maintenant nous sommes assis à ce gros débit de boissons et petit tarif (7,77 euros la bière et 3,96 euros le coca et jus de fruit). Là, autour d'un verre à savourer lentement, nous faisons plus ample connaissance et discutons de cette fabuleuse prestation : Bercy 01. Mis à part Donna qui insiste que Birmingham était meilleur bien qu'ayant fait déjà 4 shows de cette tournée européenne elle reconnaît n'avoir encore jamais entendue une telle version de F#°*in' Up. (version époustouflante faut-il vous le rappeler).

Julia de Frisco, CA, vient montre en main me dire qu'il faudrait pas rater le dernier métro. Nous prenons la même ligne et elle préfère de la compagnie à cette heure. Et un effet à quatre minutes près, nous rations le dernier métro. Je la quitte. Après un peu de tourisme européen, elle retrouvera Neil à Stockholm et Oslo. Cela lui fera six (ou sept ?) shows européen ! A roady rusty girl !

Je suis comblé et enthousiasmé de cette journée pour avoir approché le CRAZY HORSE et les LGO et autres rusties. Merci à tous. Merci Neil Young. J'en ai presque pas dormi de la nuit.

Denis Between The Rusty Words (26 juin 2001)

Il y a bien quelques oublis, car je ne vous ai pas dit que :

1) Neil a été très bavard. Je veux dire plus bavard que moi.

2) Un gars, quelques rangs derrière moi, s'est mis à jouer de l'harmonica (! ! ! !) alors que Neil se préparait pour Pocahontas. J'ai craint une mauvaise réaction de Neil. L'avez-vous entendu des gradins ?

3) Poncho, au salut final, nous fait signe, à nous qui étions devant lui, pour nous dire que nous sommes les meilleurs.

4) J'ai eu la voix cassée pendant 36 heures. Mais je ne me suis pas rendu compte de suite (Cf. 1)).

5) Je n'arrive pas à écouter radio, télé, CD depuis ce soir là. Ce sont les mêmes symptômes que ceux de Yotha.

6) En bon artiste, on doit jamais jouer deux fois la même pièce. Aussi, il vous faudra trouver d'autres ficelles et astuces à Vienne afin d'obtenir la sympathie de Neil.

Denis Between The Rusty Words
ps : De ce texte, j'en ai retiré un très court compte-rendu
© IDDN 2005

Le texte traduit





Setlist : Don't Cry No Tears / I've Been Waiting For You / Love And Only Love / Piece Of Crap / Going Home / Hold You In My Arms / From Hank To Hendrix / Don't Let It Bring You Down / Pocahontas / After The Goldrush / Only Love Can Break Your Heart / Standing In The Light Of Love / Gateway Of Love / Hey Hey, My My / Sedan Delivery / Like A Hurricane // Fuckin' Up