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Neil Young - Roskilde Festival 1996 (compte-rendu)




     Une bière et un bob levé saluent le prince des bois rougis. Je compte au moins quatre fanions. Ils sont penchés comme un tas de dos agités et nus sous la coupole. "Respect Mother Earth". Une grosse artillerie sur l’épaule mitraille devant et sur la droite. Les arceaux sont devenus légendaires. Nos doigts et nos lèvres sont nappés de sucreries. Les frappes de pied déploient des ailes laineuses qui embrassent les courants d’un rapide. Sur ce même flot, un bateau blanc. Son flamboiement enlève toute ombre. Un large sourire tournoie... Un long crissement... La fin est proche. La séparation se manifeste avec des débordements bruyants. Tes yeux sont flous. Je suis certain qu’au prochain coup, tu fais encore un double six... Voyons voir... Les bougies essuient la voiture maladive qui se fait orpheline pour quelques longues minutes encore... pour une nostalgie à noyer dans un bleu camaïeu approchant le gris. La quadrichromie est encore dans notre rêve dont sa caresse n’est pas frelatée. La rage est toujours présente contre l’aide sociale, mère de toutes les déséquilibres humains. Le cri se poursuit, s’étend sur la ligne claire se frayant un passage entre les junkies agonisant sous l’ubac de la montagne sucrée inaccessible une fois quittée. Un regard dans le puits du passé. Seule une fille de cannelle peut nous empêcher d’y sombrer. L’appel est là, à celle qui a les épaules brûlantes par les rais de l’amour. Merde ! L’avenir n’a pas de futur si tu m’apportes ton coeur de plastique sous des aboiements d’acier. Je t’ai perdu avant de t’avoir trouvé. Satanée vie ! Satanée vie qui ronge et digère la vie. Pour nourrir qui ? Pour nourrir quoi ? Déjà, les dieux étincelants ont cru à l’Eldorado en buvant du sang. Le vent qui sort de leur squelette a un écho amer d’une belle nostalgie. Les bras, la houle. Les pieds, les bâtiments. La tête, les personnages. Les yeux, les étoiles. La baie repose les matelots. Leurs pensées ne remplissent pas le vide entre leurs yeux sidéraux et pourtant leur coeur travaille mais bien seul devant cette lucarne qui anéantissent les forces qui devraient la briser. Un cri, un pleur, ne détournent pas ta solitude cadenassée par un savon fermé dont tu es le seul à connaître le code que tu as laissé derrière cette fenêtre qui t’appartient. Apprend à l’ouvrir... à laisser la place aux vents violents qui sont en toi et qui me toucheront comme un vol de Grâces. Les roulettes ne sont pas les seules à devenir folles. L’économe épluche cette patate douce qu’est le coeur. La pelure est longue et belle comme un filin à tes pieds. L’eau a le vol radieux même s’il est un peu lourd. Les genoux s’écorchent pour ne jamais mourir. Cela vaut vraiment le coup ! Nous vidons nos poches. Et nos poches vides, nous sommes heureux d’être recyclable pour une soudaine délivrance prématurée. Maintenant la chance apporte sa bière, son pipi et... son heure. La récolte de dents est bonne. Il n’y a pas de perte sur ces cuirs. Pourquoi sourit l’ingénieur ? Des imprimés tatouent ma peau. Je les lis en miroir dans les vitrines lumineuses, décorées. Les nouvelles ne changent pas… Puis j’attrape mon précieux caddie et je le pousse au loin... jusqu’à demain... tu t’élèves au-dessus de la mêlée, les bras écartés. Des brindilles de la forêt de Redwood sifflent à mes oreilles.

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Denis Between The Rusty Words
(8 octobre 2005)
© IDDN 2005

Le texte traduit





Setlist de ce show : w/ Crazy Horse ; 06-27-1996, Roskilde Festival, Roskilde, Denmark

Down By The River / Powderfinger / Drive Back / Roll Another Number / Big Time / Welfare Mothers / The Needle And The Damage Done / Sugar Mountain / Cinnamon Girl / Fuckin' Up / Cortez The Killer / Music Arcade / Slip Away / Like A Hurricane / Hey Hey, My My // Sedan Delivery / Rockin' In The Free World

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Groupe :

Neil Young : vocals, guitar, harmonica
Frank Sampedro : guitar, keyboards, vocals
Billy Talbot : bass, vocals
Ralph Molina : drums, vocals