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Neil Young - Paris 1976 (compte-rendu)


 

Compte-rendu du concert au Pavillon de Paris, 23-03-1976 par Southern Pacific.

En avant pour quelques impressions sur mon tout premier Neil Concert ... en attendant ceux de Paris 1982 et de Paris1987, ce sera sans doute pour début 2000 ...

Neil Young and Crazy Horse. Pavillon de Paris (ex-Abattoirs de Pantin) 23 mars 76

Février 76 ... Depuis quelques mois, je découvre les joies et les peines de la vie d’étudiant à Paris, l'indépendance, les longues soirées solitaires dans mon petit studio agrémentées par le vieux tourne-disques "emprunté" à mes parents sur lequel ma Neil-o-Mania de quelques années s'égrène au son de 4 Way Street , Déja Vu , Harvest , Everybody Knows, After The Goldrush ... mes faibles moyens ne me permettent pas encore d'avoir une discographie complète, je traîne souvent devant les rayons de la Fnac mais il est bien rare que je puisse débourser les 30 balles que coûte un 33 tours ... D'ailleurs je n'ai pas encore pu acheter Zuma, le dernier sorti, ni On The Beach, Time Fades Away ou Tonight's The Night.

Vous savez les jeunes, à cette époque (arrête de radoter Papy ...), Internet et Hyperrust n'existaient bien évidemment pas, et ce n'était pas simple de savoir ce qui se tramait chez notre musicien favori. Projets de tournées, sorties de disques, il fallait s'en remettre à la presse spécialisée dont Neil n'était pas la préoccupation principale, occupée qu'elle était à analyser la naissance du phénomène Punk et le renouveau du rock français, Téléphone, Bijou, Starshooter et consorts ... J'avais bien entendu parler du concert de Wembley en 74, qui avait vu une des premières apparitions de Neil en Europe, mais pas grand chose depuis ...

Et un beau matin, alors que je suis en train de lire Moto Journal à l'œil comme tous les jeudis chez le marchand de journaux du quartier, j'aperçois sur la couverture du Best du moment les deux mots magiques : "Neil Young". Achat du canard, retour à la maison, et à la fin de l'article cette phrase qui me fait bondir : "Et Neil Young sera à Paris fin mars !" Non, pas possible, it's a joke ... Où ? Quand ? Comment ? Où se renseigner ? Je me précipite à tout hasard au rayon billetterie de la Fnac, bonjour madame il parait qu'il y a un concert de Neil Young bientôt, ah bon c'est vrai, le 23 mars, et vous avez des billets, combien ca coûte, 30 Francs ? ... Je sors les sous, je mangerai des nouilles nature jusqu'à la fin du mois ...

Retour au bercail le précieux billet en poche, encore sous le choc ... bon sang c'est pas vrai, c'est mon tout premier concert et je vais voir Neil en chair et en os ... C'est trop beau. Sortie du plan de Paris, je n'y habite que depuis quelques mois, ne me déplace qu'en métro, ne riez pas mais la porte de Pantin ça me semble le bout du monde ... pas de "Pavillon de Paris" sur le plan bien sûr, juste des terrains vagues indiqués "anciens abattoirs", "anciennes halles aux bestiaux" ... bon on verra bien.

Le jour dit, trois heures au moins avant l'heure dite, je descends du wagon RATP modèle avant-guerre qui dessert la porte de Pantin. Aucune affiche, aucune indication, j'emboîte le pas, sans encore y croire tout à fait, à un groupe dont la tenue vestimentaire me semble "adéquate". Nous traversons un immense terrain vague pavé où subsistent des carcasses d'entrepôts ... la foule grossit, ça doit être bon, la bas au loin il reste un hangar debout ... Tiens un mec qui fait la manche, qu'est-ce qu'il y a d'écrit sur son papier ? "Achète une place 100 Francs" ... Je serre bien fort mon billet au fond de ma poche et à ce moment là, et seulement à ce moment là, je commence à y croire ....

Quelques minutes plus tard, après avoir subi les aboiements et la fouille à corps des cerbères de service, je pénètre dans ce sinistre hangar sombre et glacial, et m'installe sur les gradins en bois sur le coté gauche, il y a un poteau qui gène un peu mais ça ira ...

Et soudain LE VOILA, il entre en scène dans un halo bleuté, grand, maigre, sourire gêné, cheveux longs, jeans rapiécé et chemise de bûcheron dans les tons bleus ... le même look que sur la pochette de 4 Way Street. Il attrape une Martin et attaque "Tell Me Why", un de mes morceaux préférés, superbe .... Ovations, "Merci mes amis", délire dans le public, roulements de pieds sur les gradins en bois, "assis, assis devant" ... et il enchaîne sur ... Cowgirl In The Sand, ma préférée, la même que sur 4 Way Street, celle qui reste à ce jour pour moi la plus belle des chansons de Neil ... je me pince, je ne rêve pas ... La suite du set acoustique est extraordinaire, grands classiques (After The Goldrush, A Man Needs A Maid, Heart Of Gold) et quelques inédits : Too Far Gone, dont je retiens le titre et dont je guetterai longtemps l'apparition sur un album officiel, et deux morceaux, l’un au piano et l'autre au banjo, dont je ne saurai que bien des années plus tard qu'il s'agissait de Don't Say You Lose et Mellow My Mind.

Entracte, "I'll come back with Crazy Horse ... the band, not the club ... not the girls ..." Et les voila, Talbot, Molina , ce sont bien les mêmes que sur "Everybody Knows ..." Le guitariste rythmique je ne le connais pas, je sais bien sûr que Danny Whitten est mort mais n'ayant pas encore acheté Zuma je n'identifie pas Sampedro ... Et oui, je n'ai pas acheté Zuma, grave erreur car du coup j'entends pour la première fois, sans le savoir, Don't Cry No Tears, Drive Back ou Cortez .... et je me sens un peu décalé par rapport au public qui ovationne les intros de ces morceaux que pour ma part je découvre ... Pour cette raison, ce set électrique, par ailleurs extraordinaire de punch et de passion, me laisse un léger sentiment de frustration ... Même si Neil nous offre malgré tout quelques grands classiques qui me font chavirer : Down by the River, Losing End, Cinnamon Girl, et bien sûr le morceau électrique que, moi aussi MoMo, j'attendais sans oser l'espérer : Southern Man. Parmi tous ces inédits électriques, (je sais aujourd'hui qu'il y avait Country Home, Lotta Love ...) il y a quand même un morceau qui m'avait marqué plus que les autres, et dont la mélodie était restée gravée dans ma mémoire .... et quand, quelques mois plus tard, je dénicherai dans une boutique louche mon tout premier bootleg, "Live at the Roman Colosseum" enregistré l'avant veille de ce concert à Hambourg, je reconnaîtrai aux premières mesures le morceau en question ... "Like à Hurricane" bien sûr ...

Autre découverte : l'extraordinaire énergie de Neil, qui arpente la scène à grandes enjambées, secoue Old Black comme un prunier, sautille sur place ... d'après les seules images live de lui vues jusqu'alors (quelques secondes de CSNY et de l'enregistrement de Harvest dans le film "Journey Through The Past) je l'imaginais plutôt statique ... ce n'est vraiment pas le cas.

Rappel, Neil revient pour deux morceaux, puis re-rappel ... mais sans succès hélas ... après au moins dix minutes de hurlements, les lumières se rallument ... un type monte sur scène et nous annonce que Neil est déjà reparti "pour Saint Etienne" (menteur, je sais maintenant que le concert du lendemain était à Rotterdam) ... c'est fini, c'est bien fini ... Je regagne la station de Métro sur un nuage, j'ai vu Neil Young, je l'ai vu pour de vrai et c'était bien.

Bonnes fêtes de fin d'année à tous et see you in Bruges in July I hope.

Southern Pacific
(22 décembre 1999)

 

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