Homepage




Neil Young - San Francisco 1978 (compte-rendu de Double F)



 

One Stop World Tour

Un curieux "tour du monde" qui commença à San Francisco…. pour ne plus bouger. 10 concerts d'environ 1 H à raison de 2 par jour entre le 24 mai et le 28 mai 1978.

L'année 77 avait été une année paradoxale : d'abord avec un album plutôt décousu (AS&B), puis la tournée dans l'anonymat des Ducks avant de se terminer par unique concert avec un mystérieux groupe baptisé pour l'occasion …. Gone With The Wind ….. mais Comes A Time ne devait pas à l'origine s'appeler ainsi ??

Enfin, ce 24 mai 1978, Neil is back tout seul avec sa guitare, son harmonica et son piano. L'atmosphère est très bon enfant, Neil est très détendu, à l'aise même pour un premier concert dont tant de choses nouvelles vont sortir.

Tout cela se sent, d'abord dans son jeu, aussi bien avec la guitare qu'avec l'harmonica (il va introduire de subtiles variations, ce qui donnera à nombre de morceaux un habillage légèrement différent, inhabituel), ensuite dans son contact avec le public, complice…. mais Neil est chez lui !!!

Le début du concert est déroutant pour le public : Pocahontas, Human Highway sont des morceaux joués en 73/74 et 76, mais ne sont pas encore systématiquement inscrites dans les mémoires (ni gravées dans le vinyle)… cependant, avec une version de Pocahontas bien soutenue et très proche dans son rythme de la version qui sera retenue pour le LP Rust Never Sleeps, puis un Human Highway calme et ponctué par un bon jeu d'harmonica, il réussit sans peine à accrocher l'audience.

Le temps de réaccorder la guitare et on passe à Already One suivie de Comes A Time (belle intro pour ce morceau) : ces deux titres, joués en 77 sont quasiment inconnus du public … et sincèrement, ça fait tout drôle.

Et oui, il y a eu une fois …. qui était la première (ou une des premières) où le public n'a pas réagi aux premières notes de ces morceaux…. mais le plus curieux reste à venir ….Il est temps maintenant de passer à quelque chose de plus ancien, histoire de donner quelques points de repères au public…..

<<we want Steven Stills>> hurle une femme dans la foule … Neil répond "I'm Steven Stills" …. Que va-t-il nous sortir ?? j'ai un peu peur !! ouf, ce n'est pas du Stills…. c'est Birds ! au piano, comme il se doit !

Et le public se retrouve en terrain de connaissance et se sent pousser un brin de nostalgie …Le nouveau, c'est bien, mais l'ancien…. on aime aussi ! …. et bien sur, chacun y va de son vœu… demandant tel morceau ou tel autre :
……" Don't Let It Bring You Down" clame un spectateur……
"Anything You Want To Do" finit par dire un autre, alors salué par le public ….

Et Neil donne un accord de guitare …. celui-là, on le connaît tous par cœur … mais à l'époque …. personne ne savait ce qui allait sortir !!
Quelle superbe intro pour ce nouveau morceau !
Puis il commence à chanter… c'est sans doute une des rares fois où l'on pourra entendre ces mots sans qu'ils soient couverts par un tonnerre d'applaudissements :
My my, hey hey
Rock and roll is here to stay

... Mais les voici les premiers applaudissements ... Rock and roll is here to stay…… voilà une vérité première, un credo basique …. "Rock & Roll" criait quelqu'un dans la foule quelques temps auparavant… ce morceau ne peut pas être autre chose qu'un Hymne ! Et ça continue :
It's better to burn out
Than to fade away

...Ovation du public...
La légende est née. Extraordinaire de voir ce morceau immédiatement adopté (et rassurant : on se dit qu'on n'a pas été les seuls) - et même s'il n'est pas encore fini : le premier couplet est différent de ce que sera la version définitive. Au lieu du :
Out of the blue and into the black
They give you this,but you pay for that
And once you're gone, you can never come back
When you're out of the blue and into the black.

Il va chanter :
It's out of the blue and into the black
Once You've gone You can't come back
They give you this but they make you different
When out of the blue and into the black.

Je n'ai peut-être pas transcrit correctement la fin du troisième vers... car Neil se rend compte que ça sonne mal et le son de sa voix baisse énormément à ce moment-là… bref on a du mal à saisir ses propos.
Mais qu'importe, c'est devant un public conquis qu'il termine ce morceau.

Public qui n'est pas au bout de ses surprises, car voilà Shots.
La version est différente de celle que nous connaissons sur Re.ac.tor : d'abord bien sur à cause de l'accompagnement. Mais il n'y a pas que ça : le rythme n'est pas le même, l'ordre des deux premiers couplets a été inversé, il existe un couplet supplémentaire joué sur un ton différent et la fin ne reprend pas cette litanie : "I hear Shots". Ainsi, le morceau ne sonne plus du tout pareil.
La version de Re.ac.tor était une version combattive, pugnace, un cri de révolte contre une absurdité - je n'ai d'ailleurs toujours pas compris pourquoi Neil n'a pas choisi ce morceau pour figurer dans la set-list du Ragged Glory Tour. Il en aurait probablement été un des phares.

Là, dans cette première version, en commençant par le couplet évoquant les enfants et en prenant un rythme plus lent et mélancolique, c'est un morceau désabusé qui apparaît, un simple constat de ce que l'Homme a toujours été et sera toujours. C'est un moment admirable, peut-être le plus fort de ce concert.

Que dire après ces deux titres…. of course : Show must go on ! - et comme Neil est un malin, il a prévu ensuite deux classiques …. n'importe quel nouveau morceau aurait paru bien fade.

Vont donc se suivre : Cowgirl In The Sand, agrémenté par un problème de sono et After The Goldrush.

Retour sur les nouveautés :
D'abord l'admirable Thrasher… Neil a du mal avec les paroles, on le sent par moments hésitant, il craint le trou de mémoire… et fatalement, ce qu'on craint finit toujours par arriver :
They became (court silence) Rocks formations
Or were lost (hummmmm)
….Et il s'arrête : "il y a trop de mots dans cette chanson" enfin il la reprend et l'achève…. un beau moment de direct ;-)) ….. ce morceau a été coupé dans le boot baptisé World Tour. Quelle pitié ! c'est un extraordinaire moment de vérité !

La fin du concert est agréable : c'est une sorte de rêve qui continue : The Ways Of Love… encore un morceau inconnu, puis I Believe In You …. son jeu de piano étant plus "léger" que d'habitude, les spectateurs semblent ne pas le reconnaître au départ.

Viens ensuite l'inclassable Ride my Llama… quelqu'un pourra-t-il me dire un jour ce que signifient ces paroles ? quelle pochade peut-il bien y avoir derrière tout ceci ?

Sugar Mountain … le public est heureux : un grand classique qui lui permet d'intervenir …. on accompagne en tapant dans les mains et on chante … c'est quand même mieux quand on connaît déjà le morceau ….

Puis, on se quitte sur Sail Away ; pour moi, ce fut le morceau qui finissait la face acoustique de mon LP…. juste avant que je retourne la galette pour écouter cette face B électrique décapante dont la folie va crescendo jusqu'à se terminer en apothéose avec Hey Hey My My. Et c'est aussi un peu ça cette tournée du One Stop World Tour. Une sublime répétition de la face A…. Ensuite viendra une pause (le temps pour nous de prendre connaissance de Comes A Time), puis, avec le Rust Never Sleeps Tour … la face B arrivera

François

05-24-1978, The Boarding House (Early Show)
----- Message d'origine -----
De : Double F
À : les-gens-ordinaires
Envoyé : jeudi 5 décembre 2002 22:58
Objet : [gens] 05-24-1978, The Boarding House (Early Show





[Greendale 2003][Vienne 2001][Rotterdam 87][05-24-78]